Fookus La Porteuse de lettres de Francesca Giannone
Une factrice d’un autre temps
Il s’agit ici d’un premier roman. L’auteure, Francesca Giannone, est italienne, née dans la belle région des Pouilles, au sud de l’Italie. Ce n’est qu’en 2023, à 40 ans, qu’elle publie La Porteuse de lettres qui ne sera traduit et publié en français qu’en 2025. Elle a reçu le Prix Bancarella des libraires en 2023 et son roman est vite devenu un best-seller. Il est inspiré par la vie de l’arrière-grand-mère de l’auteure qui fut factrice, donc porteuse de lettres.
En 1934, Anna quitte le nord de l’Italie avec son mari, Carlo Greco, et leur fils, Roberto, pour retrouver la famille de Carlo dans un petit village des Pouilles, près de Lecce. Ce village est inventé ainsi que ses habitants, disons qu’il est magnifiquement dépeint avec toutes les couleurs de la région. Carlo retrouve son frère Antonio qui se consacre aux oliviers et bien sûr à la production d’huile d’olive. Pour Carlo, ce sera les vignes et le vin.
Si Carlo est très heureux de la situation, ce n’est pas le cas d’Anna qui n’est pas du Sud et s’habitue mal aux habitudes patriarcales du village. D’ailleurs, même à sa mort, quand le roman commence, elle est encore appelée « l’étrangère » par certains anciens alors qu’elle est maintenant très appréciée par tous. L’auteure va faire de nombreux retours en arrière pour nous relater sa vie. Elle s’ennuie et décide de se présenter à l’examen public des services postaux pour devenir factrice, puisqu’il n’y a pas de poste d’institutrice, ce qui était son métier dans le Nord. Vous pouvez imaginer les commérages, et aussi les disputes dans la famille Greco. Mais elle persiste et va finir par rendre de grands services et devenir une sorte de fil rouge qui relie les habitants. Elle lit leur courrier à ceux qui ne savent pas lire, et elle écrit leurs lettres en retour. Elle apprend beaucoup de secrets qu’elle ne dévoilera jamais. La famille Greco en possède aussi des secrets qu’Anna ne connaît pas, des amours contrariées, des histoires plus importantes encore, à découvrir par la lecture.
Ce qu’il faut mettre en lumière aussi c’est l’Histoire de l’Italie, de 1934 à 1961, en passant par Mussolini et le fascisme, la guerre, l’évolution du pays, beaucoup grâce aux femmes qui peu à peu prennent leur indépendance face au poids des traditions. Et puis, ce qui vous paraîtra peut-être gênant au début mais dont vous ne pourrez plus vous passer, c’est la lenteur qui est une véritable force comme dans les films italiens tournés à cette époque. Une écriture fluide qui vous permettra un très bon moment de lecture.